Les élections haïtiennes à l’ère des réseaux sociaux

Les réseaux sociaux, dont les plus connus, Facebook, Twitter et YouTube, sont un véritable espace de motivation citoyenne. Aussi, ces réseaux permettent-ils de suivre des personnes ou des organisations avec lesquelles on a des liens ou on partage des intérêts. L’un de leurs avantages est qu’on peut publier des messages, des photos et des vidéos accessibles aux gens qui vous suivent, peu importe le lieu ou l’heure.

De plus en plus, les politiciens haïtiens investissent les réseaux sociaux. Il s’agit d’une nouvelle façon de communiquer et d’atteindre les potentiels électeurs. La présence des jeunes et les discussions sur l’espace web sont de plus en plus fréquentes. Être derrière un écran et s’exprimer librement est plus facile pour certains d’entre eux. Ils discutent de tout. C’est un nouveau type de citoyen qui émerge.

Ils ne sont pas uniquement des consommateurs d’informations, ils sont des citoyens engagés, des transformateurs et des porteurs d’idées de changement publiant des messages de support à leurs candidats. Sur ces réseaux, les partisans des candidats se défendent et s’attaquent. Il n’existe aucun code de déontologie, aucune contrainte sur l’utilisation d’une langue pour publier un message. Ils vivent en Haïti et dans la diaspora. Ils créent une animation constante et très intense sur les groupes de discussion.

Présence des candidats

Les réseaux sociaux s’imposent et sont au coeur des élections, même s’ils ne sont pas tout à fait bien maîtrisés par les candidats. Certains aspirants candidats n’avaient pas caché leur intention longtemps avant sur ces plateformes, avant leur inscription au Conseil électoral provisoire (CEP). Des comptes Facebook, Twitter ou Youtube sont fraîchement créés pour la circonstance. Tout est posté et partagé sur leur compte : leurs déplacements, leurs rencontres privées ou publiques, leurs interviews avec les médias, leurs photos avec un artiste. Les jeunes candidats y sont les plus remarqués, ils sont très actifs, se montrent, s’affichent, cherchent des “ like ” et restent en contact permanent avec leurs fans. Ils diffusent des messages n’importe quand, de n’importe où, qui attirent aussi l’attention des journalistes. Le “ tweet : Sa w sispèk la, se sa! Mwen pare pou m kontinye travay la tèt kale !!! (Ce n’est plus un soupçon. Je suis prête à continuer le travail sans m’arrêter) ” de la première dame Sophia Martelly et candidate au Sénat pour le département de l’Ouest a fait le buzz sur les réseaux sociaux et dans les médias.

Les partis politiques sont absents

Peu de partis politiques disposent d’une page sur les réseaux sociaux. La vision, le programme et l’idéologie des partis ne sont pas publiés à travers les réseaux sociaux. Ils n’ont pas un blog ou un site web avec la liste des candidats inscrits sous le label du parti. Il n’existe pas une ligne graphique du parti sur la Toile. La présence des candidats sur ces réseaux est une initiative personnelle ou un engagement de leurs fans ou d’un ami.

L’électorat jeune, la cible

Les jeunes sont plusieurs millions à être connectés sur les réseaux sociaux. Ils représentent une cible pour les candidats. Nadine Anilus, candidate à la députation pour la commune de Carrefour (Ouest), utilise les réseaux sociaux comme outil de marketing politique pour atteindre les jeunes. Gary Bodeau, candidat au poste de député dans la circonscription de Delmas (Ouest) soutient, « Je considère les réseaux sociaux comme des outils de proximité avec les électeurs, particulièrement les jeunes qui représentent plus de la moitié de la population ». Pour Abel Descollines, un ancien député et candidat au même poste pour la circonscription de Mirebalais (Centre) et Alex Joseph, candidat à la députation pour la commune de Terrier-Rouge (Nord-Est) : « Les réseaux sociaux me permettent de toucher plus de jeunes. Avec eux, il y a plus d’interaction ». Quant à Harrisson Ernest, ancien directeur général de la Radio Télé Nationale d’Haïti (RTNH), candidat à la députation pour la circonscription de Delmas, les réseaux sociaux constituent pour lui une plateforme incontournable facilitant un rapport direct avec le public haïtien et la diaspora. Daniel Thélusmar, jeune activiste haïtien vivant en Floride (USA), affirme que les réseaux sociaux sont la principale source d’information pour les Haïtiens de la diaspora.

Ces outils sont indispensables aux candidats pour se faire connaître dans la diaspora. L’utilisation des outils technologiques est très présente dans le processus électoral. Le Conseil électoral provisoire chargé d’organiser les élections, a gagné le pari en lançant le pré-enregistrement en ligne des candidats. Une campagne électorale ne se gagne pas certes sur les réseaux sociaux, cependant ils restent une source d’information pour les médias traditionnels qui jouent un rôle important sur la perception et l’opinion publique. Cette démarche de représentation et d’existence sur le web participe à ce que l’on pourrait appeler la « cyber-politique ». Les informations passent vite et font le tour du monde en un click. Ces réseaux tiennent une place grandissante dans la campagne électorale en Haïti. A travers ces réseaux qui sont gratuits contrairement aux médias traditionnels, les candidats détiennent une arme efficace pour toucher le public. Ils sont de véritables vecteurs de promotion d’idées, de programmes et de visions, des canaux pouvant encourager la culture de la tolérance entre les partisans des candidats.

Les réseaux sociaux, quels magnifiques outils de transformation et de motivation des jeunes !

JMA
@2015

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